Quand je suis arrivée chez elle, Blanche s’est précipitée pour me faire un bisou, puis a reculé en s’écriant : “Oh, c’est vrai, j’avais oublié. Cela n’est pas possible”. Par quel geste tendre pourrions-nous remplacer la bise ?

Blanche, 79 ans, vit seule depuis qu’elle a perdu son mari, il y a six ans. Elle souffre de n’être plus touchée, étreinte, effleurée, caressée. Elle m’en parle quelquefois. Quand elle voit dans un film des gens s’embrasser, elle soupire : “Plus personne ne me fera un baiser d’amour. J’aimais tant cela”. Cela me fait fondre.

Blanche me touche tant qu’elle me fait sortir de ma réserve habituelle. Je l’appelle par son prénom, je lui donne du “ma chérie” quelquefois.

Elle me raconte tant de choses, il faut dire. Parfois, elle me montre des photos. Elle a eu une vie passionnante : elle travaillait dans un musée départemental. Elle a fait restaurer des sites historiques et organiser des visites pour que les gens s’approprient leur histoire.

Elle a tant travaillé, qu’elle n’a pas assez consacré de temps à sa vie sociale et amicale. Aujourd’hui, elle se trouve très seule. Cela me désole, car elle aurait beaucoup à partager. J’apprends beaucoup à son contact. Moi qui détestais l’histoire, je me mets à m’intéresser au 19ème siècle. Aux conditions de travail avant les syndicats.

Certains jours, Blanche porte mal son prénom. Elle est sombre. Si sombre que je suis obligée d’interrompre mon travail pour l’écouter et lui dire qu’elle compte pour moi.

Mais certains jours, elle le porte bien. Elle est blanche comme une lumière qui éclaire ma vie. Elle m’apprend, elle me guide dans mes choix de lecture, elle me donne en confiance en moi.

Chantal, Aide-Soignante