Les maladies de la mémoire amènent les personnes qui en sont atteintes à se répéter. Et à poser encore et encore la même question à leur entourage.
Comment interpréter ce phénomène ? Et comment mieux le vivre ?

Comment expliquer les questions répétitives ?

Les questions cent fois répétées peuvent traduire :

– Des troubles du stockage de la mémoire

En raison de sa maladie, la personne est dans l’incapacité à ce moment-là de maintenir une information dans sa mémoire. Dans ce cas, elle peut poser à plusieurs reprises la même question, et ce en un très court laps de temps. « Qu’est-ce qu’on fait ? » « À quelle heure j’ai rendez-vous avec le médecin ? » Même si l’aidant a déjà répondu cinq fois à la question en dix minutes, la personne aidée a l’impression, elle, de l’entendre pour la première fois. Elle peut donc mal supporter que le ton de l’aidant soit agressif car elle n’en comprend pas la raison.

– Une angoisse

Associées aux troubles du stockage, les questions répétitives peuvent également traduire une forte angoisse très présente chez les personnes perdant leurs savoirs et leurs repères. La question se répète car la réponse apportée par la personne aidante ne suffit pas à apaiser l’angoisse sous-jacente. Il faut comprendre alors que la personne aidée n’est pas en demande d’une information mais qu’elle exprime un besoin de réassurance à son angoisse. Une question répétitive telle que « Qu’est-ce qu’on fait ? » peut alors traduire un besoin d’être actif physiquement afin de se décharger des tensions vécues par la perte de repères. Dans cette demande, « Qu’est-ce qu’on fait ? », on peut entendre : « Donne-moi des choses à faire. » Si les personnes présentant des troubles de la mémoire ont parfois des difficultés à initier des activités, elles sont ravies de prendre part aux tâches simples, courtes (plier le linge, peler des pommes, ramasser les feuilles mortes…), que l’aidant pourra lui proposer. Surtout si ce dernier n’attend pas de résultats.

Quelles astuces pour faire face à ce phénomène de répétition ?

– La répétition pour favoriser le stockage

Lorsqu’un proche présente une maladie de la mémoire, la répétition d’une information par l’aidant peut permettre, dans certains cas, le stockage de cette information.

– L’inversion des rôles

Lorsque l’aidant perçoit une demande répétitive chez son proche, il peut être judicieux qu’il inverse les rôles. Et qu’il prenne la place de celui qui questionne en répétant l’information à son proche.

Par exemple, la personne malade demande très régulièrement : « Quel jour on est ? », traduisant une désorientation dans le temps. L’aidant peut alors tenter d’apprendre à la personne désorientée à se servir de son environnement pour trouver elle-même la réponse à sa question. Comment ? En l’orientant systématiquement vers un objet de son environnement (horloge avec date, calendrier avec un jour par page) qui lui donnera l’information. À force de répétition, la personne aidée peut apprendre à associer son besoin d’information à cet objet, et devenir autonome dans la résolution de ce problème.

– L’identification de la sous-question

Il est également possible d’apaiser l’angoisse de la personne malade en identifiant ce qui la génère. Derrière la question répétitive, « on part quand » peut se cacher l’angoisse de l’inconnu. Répondre par « nous partons tel jour et revenons tel autre jour » peut désamorcer la répétition.

Émilie Gabillet, psychologue clinicienne, chargée de cours à l’université Paris-Descartes et coordinatrice de groupes d’aide aux Aidants