Pas facile de dialoguer avec le médecin de la personne qu’on accompagne. Décryptage d’un moment clé avec Mathilde Simonnet, médecin spécialisée en médecine générale.

Une phrase que j’entends souvent et qu’il ne faudrait pas me dire ? : “Docteur, je suis inquiète pour la personne que j’accompagne, car il a des pertes de mémoire de plus en plus régulière. Pourriez-vous le recevoir ? Mais surtout ne lui dites pas que je vous l’ai dit, il serait fâché ! »

Que voulez-vous que je fasse avec cela ?

Cette demande est une injonction qui me ligote. D’abord, parce qu’elle contrevient au secret médical. Même si cette phrase est prononcée pendant votre consultation médicale, le patient concerné (ou non) par ce trouble de la mémoire, ce n’est pas vous mais la personne que vous aidez.

En admettant que je respecte votre souhait, voyez où cela conduit.

Le médecin : – Et la mémoire en ce moment : vous n’avez pas remarqué de difficulté ces derniers temps ?

Le patient :  –  La mémoire ? Pourquoi me posez-vous cette question ? Non, pas de problème particulier ; en tout cas pas plus que d’habitude.

Fin de la discussion: que voulez -vous que l’on rajoute ?

Par contre, imaginons le même dialogue sans avoir été au préalable ligoté.

– Et la mémoire en ce moment vous n’avez pas remarqué de difficulté ces derniers temps ?

– Non, pourquoi me posez-vous cette question ?  

– Eh bien, votre épouse est inquiète à votre sujet et elle m’a raconté que vous oubliez souvent des choses essentielles et que la dernière fois que vous êtes revenus ensemble de chez vos amis, vous vous êtes perdus sur la route alors qu’il s’agit d’un itinéraire que vous faite depuis de nombreuses années.

– Mais enfin de quoi se mêle-t-elle ! Elle veut me faire passer pour un vieux dément, c’est cela hein !

– Non pas du tout, elle était même très embêtée de me dire cela, mais elle est réellement inquiète pour vous

– Oui admettons !

– Mais revenons au problème lui-même : n’avez-vous pas remarqué vous-même des oublis plus fréquents ces derniers temps ?

– Maintenant que vous me le dites …etc

A bon entendeur.