Voilà une phrase souvent énoncée parmi les auxiliaires de vie. Se voulant affectueuse, elle traduit en réalité une discrimination envers les personnes âgées. Analyse.

C’est un aveu – “j’aime m’occuper des vieux, car c’est comme avec des enfants” – qui revient régulièrement pour justifier le choix et l’orientation d’un métier : auxiliaire de vie, de préférence auprès de personnes âgées. Il est prononcé pour témoigner d’une inclinaison professionnelle louable et d’une bienveillance humaine qui serait innée. Il a pour objectif de gagner la confiance : « avec moi, pas de soucis : les bénéficiaires âgés seront bien traités, car je m’y prends avec eux comme avec des enfants ». L’aveu est pourtant extrêmement violent, car chargé de discrimination. Dans cette expression, l’âge est utilisé comme un critère pour catégoriser les individus, les rassembler dans un groupe homogène et les aborder avec des représentations stéréotypées : les vieux sont infantiles. Autrement dit, ce sont des adultes déchus de leur statut de majeurs.

Mais qu’y a-t-il de commun entre, par exemple, un homme né en 1930 dans une famille paysanne du sud-ouest de la France et une femme née en 1955 dans une famille de médecins parisiens ? Certes, on peut les ranger tous les deux dans la catégorie des « seniors » puisqu’ils ont plus de 65 ans. Mais… l’un pourrait être le père de l’autre. De plus, ils sont issus de milieux socio-culturels qui les ont nourris de manière différente. Comme l’a conceptualisé le gérontologue américain Robert Butler en 1969, l’âgisme définit un processus de discrimination contre les personnes, parce qu’elles sont vieilles, tout comme le racisme ou le sexisme le fait pour la couleur de la peau ou le sexe.

Odile Dor