Quand l’association pour laquelle elle est salariée lui propose de nouveaux bénéficiaires,  Liliane commence toujours par demander s’ils sont aimables.

« La première chose que je demande quand on me propose de nouvelles missions, ça n’est pas l’adresse des bénéficiaires, ça n’est pas leur degré de perte d’autonomie, ça n’est pas non plus la nature de la mission. Ce qui m’importe avant tout, c’est si les gens sont aimables. L’autre jour, mon employeur m’a proposé d’intervenir chez une femme pour du ménage et avant toute autre question, j’ai lancé : est-ce que la dame est gentille ? Ça l’a beaucoup fait rire. Elle a cru que je plaisantais. Quand elle a compris que j’étais sérieuse, elle a cherché à savoir ce qu’il y avait derrière cette question. Cela m’a donné l’occasion de lui parler de la réalité de ma profession ! Auxiliaire de vie n’est pas un métier facile, on a souvent les mains dans la merde. Mais le plus dur, c’est de l’exercer sous le regard de personnes malveillantes, jamais satisfaites, recherchant toujours la petite bête. Ou pour des personnes profiteuses. Car certains bénéficiaires se fichent complètement de ce qui a été convenu. Par exemple ? Je viens pour la toilette de madame mais celle-ci me demande de faire les carreaux ou de repasser les chemises de son mari. Comme je refuse, je m’expose à des critiques, à des menaces (« je vais le signaler à votre employeur que vous n’êtes pas arrangeante »), parfois à des insultes. L’heure passée chez une personne aussi désagréable paraît durer cinq fois plus longtemps. Alors demander si la personne est gentille, c’est m’assurer qu’elle a bien compris ce pourquoi je viens, qu’elle ne me remettra pas en question, qu’elle ne me poursuivra pas de sa maniaquerie, qu’elle ne me surveillera pas comme une voleuse potentielle. Car quand c’est le cas, le métier n’est pas insupportable. Avec des bénéficiaires gentils, il peut même être magnifique ».

Liliane, auxiliaire de vie.